La Suède rejoue le débat sur l’ISF… et la France, tentée, regarde ça de très près!

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En Suède, les milliardaires rejouent le débat sur l’ISF… et la France, tentée, regarde ça de très près!
Martin Lorentzon a cofondé l’appli Spotify avec Daniel Ek (à droite) en avril 2006 à Stockholm. Le premier avait 37 ans, le second 23 ans à l’époque. Aujourd’hui, ils pèsent plus de 10 milliards d’euros chacun.
La Suède est peut-être en train de rejouer un débat que la France n’a jamais vraiment réglé. Tout est parti d’une déclaration de Martin Lorentzon, le cofondateur de Spotify. L’entrepreneur, dont la fortune est estimée à plus de 10 milliards de dollars, affirme qu’il quittera la Suède si la future majorité réintroduit un impôt sur la fortune ou une taxe visant les milliardaires.
Menace en l’air?
Une menace de riche mécontent ? Pas seulement. Parce que les Suédois ont déjà vécu cette histoire. Pendant des décennies, le royaume scandinave a prélevé un impôt sur la fortune. Mais à partir des années 1970, plusieurs figures emblématiques font leurs valises. Le plus connu est Ingvar Kamprad, fondateur d’IKEA, parti s’installer en Suisse en 1973. Hans Rausing, héritier de l’empire Tetra Pak, suit la même voie. Ces départs deviennent progressivement un symbole : celui d’un pays qui taxe beaucoup mais voit ses plus grands entrepreneurs s’en aller.
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A sa mort, en 2018, Ingvar Kamprad, créateur de Ikea, laissait une fortune de 40 Md€ qu’il avait gérée avec maestria, quittant la Suède pour le Danemark puis la Suisse. Il n’est revenu en Suède qu’en 2014 pour y finir ses jours.
La Suède supprime l’ISF
Puis arrive le tournant de 2007. Cette année-là, le gouvernement de centre-droit supprime l’impôt sur la fortune. Son argument est redoutable : selon les chiffres alors mis en avant, entre 30 et 40 milliards de couronnes quittaient le pays chaque année tandis qu’environ 500 milliards de couronnes de capitaux suédois étaient détenus à l’étranger. Dans le même temps, l’impôt ne rapportait que 5 à 6 milliards de couronnes par an. Autrement dit, pour récupérer quelques milliards, la Suède risquait de voir partir des centaines de milliards. Pendant longtemps, cette décision a été présentée comme un succès. Car la Suède est devenue une extraordinaire fabrique à milliardaires. Spotify, Klarna, Skype, King, EQT… Le pays a multiplié les réussites entrepreneuriales et technologiques. Aujourd’hui, il compte plus de cinquante milliardaires en dollars pour un peu plus de dix millions d’habitants. La France en compte à peine davantage alors qu’elle est sept fois plus peuplée. Et c’est précisément là que le débat se renverse.
Un pays de milliardaires
La gauche suédoise observe cette explosion des fortunes et pose une question toute simple : si la suppression de l’impôt a été aussi favorable aux plus riches, pourquoi ceux-ci ne contribueraient-ils pas davantage au financement des dépenses publiques ? Plusieurs partis proposent désormais une taxe ciblée sur les milliardaires. Vous voyez le parallèle avec la France ?
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Dès décembre 2018, un an après avoir supprimé l’ISF, Emmanuel Macron était obligé de se justifier (ici lors de son allocution de décembre 2018). Le nombre des foyers imposables était passé de 358 000 (avec l’ISF) à 153 000 (avec l’IFI) et les recettes de 4,2 Md€ (ISF) à 2 Md€ (IFI)
En France aussi
Parce que chez nous aussi, la question revient. Pas forcément sous la forme de l’ancien ISF, supprimé en fin 2017. Mais sous une autre forme : comment trouver de nouvelles recettes quand les finances publiques sont sous tension permanente ? L’État français accumule des déficits annuels qui se chiffrent en dizaines de milliards d’euros. Il faut financer les retraites, les hôpitaux, l’école, la défense, la transition énergétique, sans oublier une charge d’intérêts sur la dette devenue beaucoup plus lourde avec la remontée des taux. Chaque automne, Bercy cherche des milliards. Beaucoup de milliards. Et lorsqu’un gouvernement cherche de l’argent, il finit toujours par regarder là où il y en a. C’est pourquoi l’idée d’une “contribution accrue” (traduisez “une nouvelle taxe”) des grandes fortunes revient régulièrement dans le débat public.Avec, en question-butoir, cette interrogation : taxer davantage les plus riches les fait-il vraiment partir ?
Une manifestation contre le chômage et la précarité le 1er décembre 2018 à Paris (photo Maxppp Bruno Levesque)
Un effet contesté
Longtemps, le débat a opposé deux camps irréconciliables. D’un côté, ceux qui affirment, comme Martin Lorentzon aujourd’hui, que les grandes fortunes sont mobiles, que le capital traverse les frontières plus vite qu’un salarié ne change de ville, et qu’au final une taxation trop agressive provoquerait un exode fiscal massif. De l’autre, ceux qui considéraient ce phénomène comme largement exagéré. Et de fait, les travaux les plus récents semblent leur donner en partie raison. Une étude publiée en 2025 par le Conseil d’analyse économique conclut que les ménages les plus fortunés réagissent bien aux hausses de fiscalité et que certains départs supplémentaires sont observés. Mais ces mouvements restent d’ampleur limitée. Même dans l’hypothèse haute retenue par les chercheurs, le durcissement fiscal observé en 2013 se traduirait par moins de 350 foyers fiscaux supplémentaires quittant la France chaque année parmi les quelque 385 000 foyers appartenant au top 1 % des revenus du capital.
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Parmi les 25 premières fortunes françaises, plus d’une dizaine sont déjà installées ailleurs. Mais les familles encore officiellement installées en France ont souvent une large partie de leurs membres à l’étranger. C’est le cas des Mulliez. C’est le cas aussi de Pierre Castel, réfugié fiscal en Suisse depuis l’élection de… François Mitterrand en 1981.
Des efforts… toujours et encore
Autrement dit, l’exil fiscal existe, mais il est sans doute beaucoup moins massif que ce que ses adversaires ont longtemps affirmé. Le débat ne porte donc plus vraiment sur l’existence du phénomène mais sur son coût réel par rapport aux recettes espérées.La question fait tellement partie du débat public, désormais, qu’il déborde largement le terrain de la gauche, où il n’est pas nouveau. Car même à droite, certains admettent désormais qu’il devient difficile de demander des efforts à l’ensemble des contribuables tout en excluant totalement les patrimoines les plus élevés de la réflexion.
Vingt ans après avoir supprimé son ISF, la Suède se demande donc si cette décision a été une erreur… ou un succès devenu politiquement difficile à assumer. Et pendant qu’elle cherche la réponse, la France découvre qu’elle est confrontée exactement à la même question. On connait la chanson, aurait dit Spotify!